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Bonne semaine de la langue française et de la Francophonie

Posté le par le français dans le monde

Entre le 15 et le 23 mars, c’est la #SLFF : Semaine de la langue française et de la Francophonie 2025 : le thème de cette année est « Prenez la parole! »
SLFF2025
Ce sujet résonne avec le dossier choisi par la revue qui traite, de l’enseignement du français parlé, aujourd’hui. Pour cette semaine, la revue met en accès-libre un article du dossier ainsi qu’une fiche pédagogique sur la chanson de Theodora : Kongolese sous BBL. Disque d’or, 35 millions de streaming depuis décembre, l’hymne du Tanaland, territoire virtuel d’une hyper-féminité. De quoi, raviver sa connaissance contemporaine d’une expression musicale francophone bien vivante !


Le rap, la carte et le dictionnaire

L’enseignement du français langue étrangère repose traditionnellement sur des normes standardisées, souvent issues des pratiques écrites et institutionnalisées de la langue. Pourtant, la diversité linguistique et culturelle du français oral et parlé constitue un atout pédagogique majeur qui demeure, de prime abord, complexe à mener en classe.

L’enseignement du français parlé nécessite des approches innovantes et engageantes. Nous explorerons ici trois pistes pédagogiques conjointes qui s’appuient sur des ressources transmédias et numériques : l’usage participatif du Dictionnaire des francophones (DDF), l’usage des cartes linguistiques de Mathieu Avanzi, et enfin, l’exploration d’un corpus de rap, profitant de son analyse présentée dans l’ouvrage Les mots du bitume, petit dictionnaire de la langue de rue, d’Aurore Vincenti, préfacé par Alain Rey.
Intégrer la dimension du français parlé permet non seulement de préparer les apprenants à des interactions réelles et variées, mais aussi de valoriser la richesse contemporaine des cultures francophones. L’ouvrage d’Aurore Vincenti met en lumière la diversité du langage urbain avec une perspective large partant de Rabelais allant jusqu’au rap contemporain. L’autrice débusque les pépites d’un vocabulaire souvent dévalorisé, mais qui s’avère essentiel pour comprendre les dynamiques linguistiques contemporaines du langage oral. En se penchant sur les mots nés dans la rue et leur utilisation par des artistes dans le rap francophone, elle souligne également comment le rap contribue à la vitalité et à l’évolution de la langue française.

La vitalité du rap comme source authentique
Depuis son émergence, le rap francophone se distingue par sa capacité à réinventer et à revisiter la langue française. En tant que forme d’expression profondément ancrée dans les réalités sociales, le rap s’apparente à un laboratoire linguistique qui travaille la langue française contemporaine par de multiples effets linguistiques : confrontation de registres, variétés lexicales, verlan, sigles-abréviations, emprunts, multilinguisme, (anglais, arabe, lingala, créole caraïbéen…) sociolectes… Pour exploiter pleinement le potentiel pédagogique du rap, il est essentiel de constituer un corpus de titres musicaux soigneusement sélectionnés. Ce choix doit tenir compte de la pertinence des thèmes abordés (l’enseignant doit être à l’aise avec les thèmes, en évitant par exemple, les nombreuses références à l’usage et au trafic de drogues), de la créativité lexicale et stylistique des paroles, ainsi que de l’impact contemporain des artistes. En utilisant des morceaux qui résonnent avec les préoccupations actuelles, les enseignants peuvent créer un environnement d’apprentissage engageant qui favorise l’identification et l’appropriation de la langue. Nous pouvons recommander entre autres, les artistes Nekfeu, Rohff, Oxmo Puccino… mais c’est une question de choix et de goûts personnels. La lecture des articles d’analyse du Mouv sur le site de Radio France, permet de sélectionner des titres à haut potentiel didactique. (cf. voir la fiche pédagogique sur Kongolese sous BBL par Theodora).
La lecture des textes du rap permet une recherche lexicale sur des vieux termes, des régionalismes ou, encore des emprunts à d’autres langues : par exemple, des mots comme « bicrave » (provenant de l’argot lorrain) illustrent comment le rap puise dans des dialectes régionaux pour enrichir son langage. Cette dynamique linguistique permet aux jeunes générations d’adopter un français plus varié et coloré, tout en intégrant des influences multiculturelles. Cette créativité linguistique expérimente, avec le rythme et les rimes, une nouvelle forme de poésie moderne basée sur l’expressivité orale de différents français parlés…

Dictionnaire des francophones : naviguer dans les variations linguistiques
Lancé en 2021 (voir le dossier de la revue, numéro 436, septembre-octobre 2021), le DDF Dictionnaire des francophones est une ressource collaborative (en ligne, libre et gratuite) qui permet aux utilisateurs de consulter et d’obtenir définitions, étymologies et contextes géographiques d’usages.  Il donne également aux usagers la possibilité d’enrichir le dictionnaire avec des exemples de langage courant, des expressions régionales ou des apports internationaux francophones. Chaque locuteur peut voir ses usages valorisés et intégrés dans un corpus commun.
Avec rap et DDF, l’enseignant peut organiser des séances où les apprenants peuvent exploiter le DDF en l’explorant ou en ajoutant des mots ou des expressions qu’ils ont rencontrés à l’écoute et à la lecture des paroles de titres de rap contemporains. Favorisant la prise de conscience de la diversité linguistique, le DDF peut donc aider à l’analyse d’exemples de français parlé. Cette pratique de lecture et de recherche lexicale aide les apprenants à naviguer dans les variations linguistiques et à développer leur compréhension contextuelle.

 Des cartes linguistiques objets d’apprentissage pour la classe
La cartographie linguistique, réalisée par Mathieu Avanzi, offre, de plus, une perspective visuelle sur la diversité linguistique des langues françaises régionales à travers la France, la Belgique et la Suisse. Ses travaux se consacrent à l’étude des variations linguistiques régionales du français par une méthode innovante d’enquêtes participatives, permettant aux internautes de contribuer à la collecte de données sur les mots et expressions utilisés dans leurs régions. Les réponses sont ensuite analysées pour calculer le pourcentage d’utilisation de chaque terme par région, créant ainsi des cartes géographiques lissées qui illustrent les variations linguistiques. Ses nombreuses cartes partagées sur les réseaux sociaux permettent prises de conscience, échanges, débats et peuvent être objets d’enseignement et d’apprentissage pour la classe de FLE.
Par exemple, et en rapport avec le rap, on peut en classe travailler sur la carte des intensificateurs. Sur la carte présentée en 2019, les particularismes régionaux dessinent une carte très variée : l’auteur, d’ailleurs, pour annoncer cette carte sur les réseaux sociaux, prend un ton parlé  “Très, trop, grave, gavé, tarpin… dis-moi comment tu intensifies je te dirai d’où tu viens. Quelle est votre team ? » Le terme « tarpin » peut être recherché dans le rap marseillais où plusieurs artistes et titres le mentionnent. Avec les apprenants, l’enseignant peut organiser en classe des projets de recherche où les apprenants peuvent choisir une région francophone, découvrir son rap et présenter les particularités linguistiques qui y sont associées, en utilisant la cartographie comme support visuel. Une tâche pédagogique serait de demander une comparaison régionale :  les élèves peuvent créer une présentation sur les différences linguistiques entre deux régions francophones. Chaque groupe choisit deux régions (par exemple, les Hauts de France, Provence Côte d’Azur, PACA, ou l’Occitanie) et doit identifier trois mots ou expressions typiques, expliquer leur signification, leur usage dans le contexte local et au mieux l’illustrer par une référence dans un titre de rap.
Comme sources et références, sont à découvrir des sites comme Genius qui recense toutes les paroles en proposant un moteur de recherche et aussi le site Rapminez qui propose des analyses en data science de plus de 30  ans de rap francophone, une initiative à découvrir qui illustre la richesse linguistique de ce courant musical encore souvent dénigré par certains.

Ces trois domaines numériques et transmédias (musique, texte poétique, carte, présentation orale) constituent des ressources précieuses pour enrichir l’enseignement du français parlé. En intégrant ces pratiques, les enseignants peuvent rendre l’apprentissage plus engageant tout en préparant les apprenants à utiliser le français dans des contextes variés et authentiques et à comprendre les variations linguistiques au sein de la francophonie. Ces approches favorisent également un sentiment d’appartenance à la communauté francophone, essentielle dans un monde globalisé où la langue évolue constamment.

Références

– DDF Dictionnaire des francophones : www.dictionnairedesfrancophones.org
Français des régions : ouvrages et publications en ligne des cartes de Mathieu Avanzi : francaisdenosregions.com
– Les articles du Mouv sur le rap francophone : www.radiofrance.fr/musique/rap/rap-francais
– Le projet Rapminez : analyses en data science de tout le vocabulaire du rap francophone depuis 30 ans. www.rapminerz.io

Mise en ligne gratuite de l’article – Dossier FLDM Outils – écrit par David Cordina – extrait du dossier « Enseigner le français parlé aujourd’hui » numéro 457 
(
Retrouvez le dossier complet dans l’Espace Abonnés.)

 

 

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