Classes franco-allemandes en visite au parlement européen à Strasbourg avec Claudine Mazzotti et Uta Kuhlmann en janvier 2025 pour la suite du projet.

« Klasse getauscht » J’enseigne chez toi

Posté le par le français dans le monde

Le français dans le monde, numéro 457 mars – avril 2025 – Un article écrit par Michel Boiron, Rubrique Métier – Initiative

Depuis son lancement en 2021, 52 enseignants français et allemands ont participé au programme d’échange « Klasse getauscht » J’enseigne chez toi. Un programme exemplaire.

 

 

Classes franco-allemandes en visite au parlement européen à Strasbourg avec Claudine Mazzotti et Uta Kuhlmann en janvier 2025 pour la suite du projet.

Classes franco-allemandes en visite au parlement européen à Strasbourg avec Claudine Mazzotti et Uta Kuhlmann en janvier 2025 pour la suite du projet.

« Les rencontres que nous vivons influencent notre vie et sont fondamentales pour l’épanouissement personnel. » Nadine Fuß, responsable pédagogique actuelle du programme « Klasse getauscht », est une passionnée et elle l’affirme avec conviction : « Avec des programmes comme “Klasse getauscht!” on crée des rencontres qui sont essentielles à la fois pour les professeurs participants et pour les élèves.  Cela nous semble important pour la professionnalisation continue des professeurs, mais aussi, encore plus important, dans le contexte d’une Europe unie, en ce qui concerne l’intérêt pour l’apprentissage et l’enseignement de la langue et la compréhension entre nos deux pays, l’Allemagne et la France. »

Une initiative transfrontalière
Né en 2021, à l’initiative de la responsable pédagogique de la Maison de Rhénanie, la Dr. Friderike Beyer, le programme « Klasse getauscht » est un des projets phares de la coopération franco-allemande. Des enseignants des deux pays échangent leur poste de travail pendant trois semaines. Pour les enseignants, c’est une immersion culturelle et humaine, l’occasion de vivre de l’intérieur la vie scolaire dans un établissement du pays voisin. Pour les élèves, c’est l’occasion d’avoir des cours avec des locuteurs natifs et de renouveler leur motivation à l’apprentissage de la langue par un contact « authentique ».
Le programme est organisé par la Maison de Rhénanie-Palatinat en coopération avec les Académies de Dijon et de Besançon, le ministère de l’Éducation de Rhénanie-Palatinat et avec le soutien de plusieurs organismes dont l’Office franco-allemand pour la Jeunesse, le Pädagogisches Landesinstitut  Rheinland-Pfalz et le Partnerschaftsverband Rheinland-Pfalz. Il s’adresse aux enseignant.e.s de Rhénanie-Palatinat et de Bourgogne Franche-Comté.
Après l’acceptation de leur candidature, les enseignants sont réunis à plusieurs reprises. Il y a deux réunions préparatoires au printemps avant l’échange : les participants se familiarisent avec les particularités des différents systèmes scolaires et préparent ensemble des séquences pédagogiques pour leur séjour.
Après l’échange, une réunion bilan est organisée pour permettre aux participants de partager leurs impressions et d’évaluer le programme. Selon Nadine Fuß, les participants estiment toujours que l’expérience était énormément enrichissante. Les membres du groupe, restant presque toujours en contact après l’expérience, soulignent l’importance d’avoir actualisé leurs connaissances du système scolaire du pays voisin et d’avoir créé de nouveaux liens et contacts.

Un programme exemplaire
Les relations étroites entre deux régions Bourgogne-Franche-Comté et Rhénanie-Palatinat rendent possible l’organisation de tels échanges professionnels. Il existe par ailleurs de nombreuses autres initiatives comme les échanges scolaires ou encore les jumelages. À vocation nationale, il est utile de mentionner le programme Elysée-Prim de l’OFAJ pour le primaire qui propose une mobilité d’une année scolaire entière en Allemagne et en France. Ces programmes modèles offrent des opportunités uniques de développement personnel, de meilleure compréhension et connaissance des cultures respectives.

Claudine Mazzotti et Uta Kuhlmann, participantes du projet

Claudine Mazzotti et Uta Kuhlmann, participantes du projet

Deux témoignages
Claudine Mazzotti et Uta Kuhlmann ont échangé leurs postes de travail en septembre et octobre 2024. Claudine Mazzotti est professeure d’allemand au Lycée Fourier-St-Germain à Auxerre. Uta Kuhlmann est professeure de français et d’allemand langue étrangère au Lycée Wilhelm Remy à Bensdorf (Rhénanie-Palatinat).

Claudine Mazzotti : « Cette expérience m’a aidé à renforcer mes pratiques de l’oral en classe »
Motivation : Je voulais renouveler mon expérience professionnelle, me replonger dans le système scolaire allemand, faire la connaissance de nouveaux collègues et découvrir une nouvelle région d’Allemagne.
Expérience : Ma famille était enthousiaste et a trouvé l’idée géniale, mais quitter sa famille pendant un mois suppose de régler beaucoup d’aspects organisationnels. J’ai eu un très bon contact avec les collègues à Bendorf et l’assistante française qui m’a facilité l’immersion. Le contact avec les élèves allemands s’est bien amélioré au fil du temps et est devenu très bon.
Aspects marquants : Le fait d’enseigner sa langue maternelle à des Allemands est à la fois facile et difficile. Les élèves ont leur salle de classe, c’est le professeur qui se déplace. Ils sont comme chez eux, par conséquent, il faut un certain temps pour qu’ils se mettent au travail. Quand le cours est lancé, c’est en général bien. La grande différence dans la vie quotidienne est que les élèves et les professeurs ont les après-midis libres et qu’il n’y a pas de cantine dans l’établissement. Il y a beaucoup moins de personnel administratif qu’en France, le professeur semble plus responsable et doit accomplir plus de tâches différentes. Il enseigne aussi deux matières. Une expérience formative : Cette expérience m’a aidé à renforcer mes pratiques de l’oral en classe. Le programme a une suite puisque, avec ma collègue allemande, nous avons organisé une rencontre franco-allemande avec les élèves en tiers-lieu à Strasbourg en Alsace en janvier 2025 sur le thème des « libertés ».

Uta Kuhlmann : « Le séjour apporte une meilleure compréhension des choses, vues de l’intérieur, c’est du vécu. »
Motivation
 : J’ai trouvé l’idée très intéressante et passionnante et j’ai eu envie de me plonger dans la vie du pays voisin. J’avais envie de faire profiter mes élèves allemands d’une locutrice native et de ses idées/suggestions.
Expérience : Ma famille était ouverte au projet. La durée de trois semaines était acceptable pour elle en termes d’organisation. Mes élèves avaient un peu peur de la « nouvelle enseignante ». Mais cela s’est vite dissipé lorsqu’ils ont fait la connaissance de Mme Mazzotti, ma partenaire française.
L’accueil dans mon établissement scolaire à Auxerre a été très chaleureux (repas en commun à la cantine scolaire, repas en commun au restaurant, invitation à dîner chez des collègues, sortie commune au cinéma, cafés communs durant les récréations et après les cours).
Les élèves étaient pour la plupart curieux et très intéressés. Ils m’ont posé de nombreuses questions sur la situation actuelle en Allemagne, l’ambiance, la politique, mais aussi sur les préjugés que les Allemands ont envers les Français. En fin de séjour, ils m’ont même offert de petits cadeaux.

Aspects marquants : La distance entre les élèves et leurs professeurs m’a semblé beaucoup plus grande qu’en Allemagne. Les mesures de sécurité sont aussi beaucoup plus importantes autour et à l’intérieur des écoles françaises. J’ai expérimenté ce que signifient pour les élèves les longues journées d’école dans les établissements français, avec souvent des trajets domicile-école très longs : presque aucun temps libre pour rencontrer des amis ou pratiquer des loisirs. La durée des cours est plus longue : 55 minutes en France, 45 en Allemagne. Dans les écoles allemandes, les cours se terminent généralement entre 13h et 13h30 pour les élèves jusqu’à la fin de la 10e classe (seconde en France). De ce fait, de nombreuses écoles n’ont pas de cantine, tout au plus un kiosque.

J’ai trouvé très agréable d’avoir ma propre salle de classe dédiée. Ma collègue l’avait décorée de manière très agréable et pouvait y stocker tout son matériel pédagogique. Cela n’est pas possible dans les écoles allemandes où le professeur change de salle de classe après chaque cours. Les institutions telles que « la vie scolaire » n’existent pas en Allemagne, de sorte que les enseignants ont beaucoup plus de tâches d’organisation à effectuer (par exemple pour préparer les voyages scolaires ou les excursions). Au-delà du simple bain linguistique, le séjour apporte une meilleure compréhension des choses, vues de l’intérieur, c’est du vécu. Ce type de programme renforce aussi les relations entre les deux pays, tant au niveau des élèves que des enseignants. C’est passionnant !

 

Contacts
Maison de Rhénanie-Palatinat et Centre Franco-Allemand en Bourgogne-Franche-Comté
Programme « Klasse getauscht » Nadine Fuß – info@maison-rhenanie-palatinat.org
OFAJ – Programme Elysée-Prim : Une année d’enseignement dans une école primaire en France ou en Allemagne.

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